JASSERON et ses monuments

JASSERON autrefois

Sculptures classées au sein de l'église de JASSERON

St Maurice, sculpture du XVI ème Siècle, classée au titre d'objet des monuments historique le 22 mars 1910

 

 

 

 

 

 Evêque, sculpture du XVI ème Siècle, classée elle aussi au titre d'objet des monuments historique le 22 mars 1910

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Les verrières, du XVI ème Siècle, classées au titre d'objets aux monuments historiques le 30 juillet 1907

JASSERON et son tramway

 

 

Ne serait-ce-t-il pas défigurer l’histoire de notre village que de négliger l’attachante présence de son tramway durant le premier tiers de ce siècle ?

 

Une décision du Conseil Général devait faire de JASSERON une localité desservie par la création d’un deuxième réseau dont dépendait la ligne de BOURG à SAINT LAURENT-LES-MACON sur laquelle il se situait. Cette décision était née des satisfactions qu’éprouvaient les populations rurales sur les relations déjà exploitées de BOURG-VILLEFRANCHE, TREVOUX-SAINT TRIVIER DE COURTES, AMBERIEU-CERDON et VIRIEU-RUFFIEU, ajoutons aussi, d’un esprit de clocher de quelques personnalités.

Par scrupule, nos anciens avaient fait s’éloigner le tracé du chemin de fer de BOURG à LA CLUSE, leurs successeurs, accueillaient plus favorablement celui d’un tramway à vapeur pour voie métrique et dès 1906, le département concédait, à la Compagnie des Tramways de l’AIN constituée pour les besoins de la cause, outre les lignes de CERDON à NANTUA, SAINT MARTIN-DU- FRESNE à BRENOD et BRENOD à TENAY, celle qui devait nous relier d’une part à BOURG tout proche et, d’autre part à MACON par le circuit au flanc du Revermont et la Bresse de MONTREVEL.

Au préalable des travaux de construction, les annexions de terrains fixaient l’épisode des grincements de dents. Il fallait cisailler des parcelles auxquelles les familles tenaient particulièrement. Amiablement ou judiciairement les achats étaient traités a des prix qui allaient du décime au demi-franc le mètre carré, compte tenu de toute dépréciation. Le projet initial prolongeait l’accotement isolé en bordure de la route de BOURG sur son côté Nord, d’une déviation dont la naissance se situait au bas du village, au pied de la première rampe. Une courbe d’entrée suivie d’un alignement droit permettait d’atteindre la route de MEILLONNAS dans le voisinage du carrefour formé par celle-ci et les chemins de l’église et des Granges Besson. La gare s’était imposée en cet endroit. Au-delà, le tramway devait circuler à même la chaussée, la voie étant posée en rails noyés. Des protestations ne manquèrent pas de s’élever sur la gêne qui en résulterait. Le conseil municipal prenait alors la sage position d’exiger un parcours tel que nous le connaissons par contournement au nord du cimetière.                                                                         

Ce changement entrainait une variante accompagnée d’une dépense imprévue, il en coutait à la commune une substantielle redevance. L’emplacement de la gare était alors reporté au lieu qui conserve encore cette appellation.

La Compagnie des Tramways de l’AIN par son Président, Monsieur VIAL, faisait exécuter les travaux d’établissement dans la partie qui nous concerne par une entreprise connue sous le nom de CORDIER. Le fils de l’entrepreneur, chargé des surveillances, se manifestait surtout, par ses traversées en trombe du village au volant d’une automobile aux formes de nos plus récents bolides. A l’époque, la route n’était pas goudronnée, poules et chiens y trouvaient leur champ d’activité, c’est dire, que chaque passage de l’individu provoquait l’hécatombe dans un nuage de poussière.                                               

L’entreprise sous-traitait sa besogne à des particuliers. C’est ainsi qu’il faut attribuer à une équipe locale renforcée l’infrastructure de notre déviation. Le mouvement des terres s’effectuait à la brouette ou à l’aide de petits wagonnets à benne basculante, sur voie à faible écartement. Les gosses du village étaient friands de ces engins dans les moments opportuns. Cet usage n’était hélas ! pas toujours sans désagréable surprise et les sanctions par l’instituteur suivaient chaque plainte. La construction des bâtiments était confiée aux maçons des agglomérations où s’élevaient gares et abris. JASSERON avait sa gare en une bâtisse de deux pièces, un bureau, une salle d’attente, disposés au niveau du sol, une cloison séparait l’une de l’autre avec le guichet vitré. Accolé à l’édifice était un quai découvert à hauteur de plancher des wagons. La plateforme terminée, rapidement la voie trouvait son assise, où l’y fixait un grossier ballast acheminé de BOURG. La section de BOURG à TREFFORT devenait ainsi une réalité pour l’inauguration de laquelle la date du 14 juillet 1913 avait été réservée. Ce jour-là, le train officiel pourvu de sa locomotive pavoisée, de sa grande voiture à boggies et d’un fourgon à bagages faisait halte dans notre station. Alignés sur le trottoir central (entre la voie principale et celle du garage) nos élus communaux saluaient ceux chargés de couper les rubans. Plus en retrait, d’autres personnes au regard moins chaleureux considéraient la cérémonie. Ceux là appartenaient aux laissées pour compte, victime d’une faillite au lendemain de l’encaissement par le maitre de l’œuvre d’un mandat susceptible de les régler de leurs efforts à la réalisation d’un ensemble profitable à la contrée.

Avant le raccordement à BOURG-Mail, les trains partaient de la gare logée de BOURG-Central, emplacement actuel de la caserne des pompiers. Le dépôt des machines et l’atelier de réparations n’était autre que le bâtiment utilisé comme parc des PTT, avenue des sports. Deux navettes journalières desservaient le tronçon BOURG-MOULIN DES PONTS où existait également un dépôt et la gare d’échange avec le PLM de l’époque.

Le passage des trains à JASSERON s’effectuait sensiblement suivant l’horaire actuel des cars en direction de BOURG mais un train remontait le matin à huit heures avec le service postal pour redescendre à 17 heures. A midi, il était possible de se rendre à MACON et en revenir. Une receveuse gérait la gare de JASSERON. Elle était l’épouse d’un cantonnier de la voie qualifié de poseur. Une équipe de trois ou quatre hommes avait son attache à JASSERON pour un parcours moyen de dix kilomètres. Cette équipe commandée par le brigadier-poseur avait mission de faire en sorte d’assurer la bonne circulation des trains comme lui incombait la bonne tenue des emprises du chemin de fer par ailleurs réglementée.

La première guerre mondiale ne devait pas contribuer à faire progresser une exploitation naissante.

Le manque de matières, le manque de personnel laissaient en 1919 des installations en mauvais état. Il fallait rénover c’est-à-dire dépenser. Le déficit des lignes faisait l’objet de demandes renouvelées au Conseil Général par les différentes sociétés exploitantes. Les taux kilométriques alloués suivant les régions restaient de nature à provoquer des conflits au détriment des usagers.  Pour mettre un terme à ces exigences, le Département rachetait notamment la compagnie des T.A. et constituait à son compte la REGIE DEPARTEMENTALE DES TRAMWAYS. Cette administration devait connaitre pendant quinze ans une activité débordante au bénéfice notoire du réseau routier dont l’état était au plus mal.

JASSERON a connu tous ces trains de cailloux ! Les brèches dans la montagne de ROISSIAT, dans celle de PRESSIAT et même de JASSERON sont là pour en témoigner et encore, outre les classiques services quotidiens, nous ne pouvons oublier ces voitures surpeuplées du mercredi où les cages et paniers dissimulés sous les banquettes voisinaient des pieds de nos braves fermières attirées au marché. Souvent, il fallait ajouter à la formation surchargée, le grand wagon stationné en permanence à JASSERON. Les gens de DROM, de MONTMERLE et d’ailleurs ne venaient-ils pas prendre le « tacot » chez nous ? Inconcevable aussi serait de ne pas rappeler le nombre incalculable de pèlerins déversés les lundis de Pâques et de Pentecôte lors des rendez-vous de prières à Notre Dame des Conches. Soucieuse de satisfaire sa clientèle, la Régie avait même instaurée des services voyageurs par automotrices modernes et rapides. 

Nous vivions alors les évènements de 1936 et leurs effets d’accorder au personnel des salaires convenables. La charge devenait parait-il insupportable. Des intérêts privés surgissaient, ils n’étaient pas les moins soutenus. Il fallait à flots licencier des agents pour atténuer un déficit croissant. L’automobile prenait rang. Les routes devenaient trop étroites. Le besoin d’élargissement s’imposait sur l’emprise d’accotement de la voie ferrée. Notre tramway était par avance condamné. Des comités de défense s’élevaient sans pouvoir imposer leur point de vue. A ce titre, il faut citer notre ancien instituteur, M. Masson, retraité et Maire de TREFFORT dont l’action, conjuguée avec celle de son conseiller général, M. BONNET, un ancien professeur de Carriat, avait été de retarder une échéance pour finalement s’incliner devant un vote à peine majoritaire du Conseil Général. Nous étions en 1938, les premiers cars prenaient la succession alors que les lueurs d’un deuxième conflit apparaissaient.

La voie ferrée abandonnée laissait à la proie des ferrailleurs le matériel roulant. Locomotives et châssis de wagons subissaient la flamme du découpage. Les caisses récupérées devaient cabanes de jardin ou vestiaires de stades. Septembre 1939 voyait la mobilisation suivie de l’appel du gouvernement à l’acier victorieux. La dépose des voies commençait. Les rails de notre tramways acquis à la défense nationale devaient s’expatrier vers CHATEAUROUX à l’effet de constituer l’armature du dôme d’une usine souterraine d’aviation. Les traverses relevées par une compagnie de militaires cantonnés au village s’édifiaient en artificiels barrages des accès à l’agglomération devant la progression ennemie. Les véhicules de remplacement du tramway que possédait la Régie avaient entre-temps fait l’objet d’une réquisition par l’armée. Les services n’étaient plus assurés et plus tard, lorsqu’ils le furent, une lamentation s’offrait à nos yeux de constater comment devaient se trainer ces guimbardes équipées de gazo-bois. Alors seulement revenait à notre esprit le souvenir de ce tramways trop tôt disparu.

Le déclassement des lignes devait consacrer le dernier acte d’une séparation. Les terrains rétrocédés redonnaient forme aux parcelles initiales. Certains tronçons remodelés devenaient des chemins de desserte. En bordure des routes, un transfert se pratiquait au profit du service intéressé. Enfin, la gare de JASSERON acquise par la commune était affectée, pour son emplacement à des dépôts de matériaux routiers et aux séjours de rouletiers. Son bâtiment transformé en logement abritait naguère un ménage d’ouvriers avant de devenir le rendez-vous des clochards sous l’action desquels sa toiture flambait un beau matin. Pendant longtemps, ses ruines imploraient la pitié du passant. Depuis, bulldozer et cylindre ont nivelé le tout avec pour résultat de rendre au sol sa destination prévue de place publique.

Certes, les vestiges de notre tramway subsisteront çà et là. Ils seront pour les plus anciens le souvenir d’un passé toujours vivant de ce bon vieux temps où il n’était nul besoin d’envisager des déviations pour assurer la sécurité du piéton. Pour eux seuls, peut-être, une infinie tristesse rejoindra leurs regrets ! 

Merci à l'association  "LES AMIS DE JASSERON" pour avoir créé et fourni cet article, association qui oeuvre pour la sauvegarde de la mémoire et du patrimoine de la commune.

Le poids public

        LE POIDS PUBLIC (ou bascule publique)

Erigé en 1892 par la municipalité de JASSERON, dont le Maire était Benoit TRIQUET .

Situé au n°1 de la rue Charles Robin, le petit bâtiment du poids public Jasseronnais, au toit dégagé de son lierre invasif et rénové par Les Amis de Jasseron accompagnés d’élus municipaux, abritait un système de pesage officiel à la disposition de tous mais utilisé principalement par des agriculteurs.                                                                                        

  A cette époque beaucoup de communes disposaient de cet équipement qui permettait de déterminer le poids de denrées notamment agricoles (foin, paille, bois, betteraves, …) et d’animaux (chevaux, veaux, vaches, bœufs, cochons...)  destinés à la vente à un prix établi en fonction de leur masse. C’était une personne assermentée, appelée le préposé, qui opérait et qui délivrait un bon de pesage. Située à l’avant du bâtiment, une plateforme de pesage au-dessus d’une fosse, aujourd’hui comblée, recevait les denrées ou animaux à peser. Dans cette fosse un système complexe de leviers était relié à l’appareil de pesée du bâtiment fonctionnant sur le principe de la balance romaine (voir photo ci-dessous). Cet antique appareil subsistant encore aujourd’hui mérite un dérouillage significatif. Son utilisation s’est achevée dans les années 1960.

Pour exemple, ci-dessous, la souche du bon de pesage n° 496 avec l’exemplaire destiné à M. PROVEL qui devait vendre un veau de 74 kg à M. MOISSONNIER, boucher, qui exerçait son activité à l’emplacement de la boucherie aujourd’hui fermée. Pour ce pesage le veau était attaché sur la plateforme. Également ci-dessous la souche du bon n°85. M.CORNATON devait vendre un camion de foin à Jules SORET. On peut lire le poids brut, la tare (poids du camion) donc le poids net du foin de 1984 kg. Apparait également le prix du pesage de 2.50 francs, au profit de la mairie.

Ces souches et le bon de pesée sont issus d’un registre comprenant 515 pesées datées du 17 février 1932 au 15 août 1933, ce qui représente une activité de 29 pesées par mois. A cette époque, le préposé était Joseph VIEUX qui demeurait au n°36 de la rue Charles Robin près du poids public et qui exerçait également le métier de charron-forgeron (fabrication notamment de chars à roues en bois). Son épouse élevait quelques vaches. Ce registre, ainsi qu’un autre comprenant 490 pesées datées du 21 novembre 1925 au 5 janvier 1927, soit 35 par mois, a été remis gracieusement aux Amis de Jasseron dernièrement par Joel FRAYSSE qui les avait découverts dans la maison de Joseph VIEUX qu’il a habitée.

Aujourd’hui, le local de ce poids public, témoin d’une activité commerciale soutenue d’autrefois, abrite le stock de sel servant à dégager le verglas des trottoirs et des chaussées communales. Ce sel sera transféré prochainement dans les locaux techniques municipaux et l’avenir du local, nécessitant une rénovation intérieure, restera à définir.

        Les Amis de Jasseron